Le géologue revisité ( extended version )

Publié le par Ða&Da 4000

                                                                               Le géologue


Le géologue, l'article est défini. C'est un peu l'unique. C'est un peu mon géologue d'un après-midi. En tous les cas, celui-ci l'a été de carrière!, la terre c'est toute sa vie.

Toutes ses pensées tournent autour du tellurique: du remblai à la digue d'Hà Nội. Toute la conversation s'est axée sur la profession de sa vie: je l'ai même accusé de prosélytisme... on a failli en rester là, mais nous avions pour but d'aller au musée de la géologie derrière l'Opéra, alors il m'a pardonné...

C'est un monsieur-cheveux-blancs, sosie de David Niven dans Le pont de la rivière Kwai, que j'ai rencontré près du lac Hoàn Kiếm, celui de l'épée.
D'emblée la discussion démarra sur les chapeaux de roues à propos de la francophonie. Une des énormes tortues du lac venait de faire surface et pointait la tête non loin de la terrasse du café.

Il me dit:
-" Le Vietnam n'est pas francophone " ,alors moi je lui réponds que je l'ai vu sur la carte du monde éponyme!.

Du coup, il me lance:
-" Personne ne parle français ici ". J'acquiesce malgré moi, mais rétorque qu'il y a un centre culturel francais, une agence universitaire de la francophonie et l'école française A. Yersin: cela représente la francophonie... puis, il reste quelques vieux messieurs vietnamiens qui ne font pas semblant de connaître la grammaire... et enfin! je suis professeur pour cent cinquante jeunes de l'école vietnamienne Nam Thành Công de Đống Đa!.

-" Oui mais...l'école francaise Alexandre Yersin? c'est un lycée français rattachée à l'Education nationale? ". Je lui réponds que je pense bien, à l'instar du lycée Colette à Sài Gòn.
Il reste dubitatif un peu comme l'agriculteur qui se demande s'il aura une bonne récolte cette année.

La francophonie tient à quoi en somme?, il est un fait que j'ai compulsé un questionnaire pour les journées de la francophonie à Hà Nội, et que le choix de sujets comme Harry Potter et James Bond avaient troublés mes idées à propos du sujet.

La tortue attrapa une branche qui affleurait le lac et tira sec.

Nous décidâmes de passer un moment ensemble, pour ma part ravi de rencontrer du discernement chez un compatriote et pour la sienne, satisfait de découvrir la capitale avec un résident. Je fis le cicérone et l'emmena faire le tour du lac Trúc Bạch, celui de la soie blanche où le dimanche, il y a des combats de coqs...

On va y manger asiatique.

Sur une natte au bord de l'eau, est intallée une fondue vietnamienne: un lẩu thịt bò. Un réchaud pour un bouillon au tamarin. De petites assiettes garnies de liserons d'eau rau muống, de pȃtes et de boeuf en émincé sont dispatchées face à nous.

- " va một trà đá em ơi ! " ( et un thé glacé serveuse! ).

De la natte, on regarde l'étendue d'eau aux charmes bucoliques malgré le passage incessant des motos: Vespa rouge avec selle Louis Vuitton, une autre jaune au logo CD de Christian Dior, des Honda Wave couleur bleue marine, des Dream, une Minsk...

Le Vietnam est un pays de spécialités culinaires à base de pȃtes. Des phở aux bún en passant par les miến. Le géologue dit être étonné de cette diversité. Une seconde Minsk pétaradante passa et l'obligea à se répéter.

Un instant plus tard, il ajoute qu'il aime la cuisine vietnamienne parce qu'elle se souvient des herbes, a contrario d'en Europe. Il lance le sujet de la mondialisation:

- " Tout le monde a peur d'elle mais elle est là depuis le XVIème; sans elle, tu peux oublier les trois-quarts de la gastronomie française considérant qu'énormement de produits sont d'origine exotiques...".

- " En tous les cas, le phở reste vietnamien! " répondis-je pour la contrepartie à l'exotisme. Le phở est typique et le demeure. C'est un peu un rempart à la mondialisation qui amalgame.

Nous continuons d'argumenter sur le thème de la mondialisation avec les moyens de com. comme internet. Le medium du mass-media qui contracte l'espace et le temps à ' 1 '.

On est tous supra-voisin!!. Cependant:

- " Comment on va faire pour s'entendre? pour se préserver? " me-se demande t-il. Il regarde une femme passée avec sa palanque. Le nón sur la tête.

- " On va faire avec!. Bruno! ". J'ajoute que les vietnamiens sont plutôt demandeurs de mondialisation puisqu'après dix ans de pourparlers ils font enfin partis de l'OMC.

- " Oui mais, cette femme qui porte va disparaître!...", lance-t-il en montrant la marchande au chapeau conique.

Il reste méditatif. Des amoureux s'embrassent sur l'eau, l'onde du pédalo-cygne rappelle mon géologue à la discussion. Il parle de l'avenir de la planète et dit qu'à l'échelle géologique son réchauffement est insignifiant, pas notable: ce qui est à craindre n'est pas l'avenir de la planète mais l'avenir de l'homme sur celle-ci.

Nous buvons un peu du bouillon velouté...

- " La vie c'est cyclique, l'homme va disparaître. L'écologie n'y est pour rien... c'est de la biologie, la vie correspond à un cycle, les espèces sont vouées à l'extinction, c'est normal; la mort c'est vital ".

Je décide de changer d'endroit et de retourner au vieux quartier pour continuer la promenade. Nous allons boire un cà-phê nâu đá, le café hanoien glacé au lait concentré.

Sur la route, dans la circulation dense et bruyante des deux roues, il poursuit et me dit que tout est une histoire de cycles, qu'il ne croit pas en ceux de la réincarnation mais que l'homme est tellurique et qu'il y retournera... à la terre.

( je pense aux hanoiens qui brȗlent les tiền vàng en offrandes aux ancêtres )... je lance 'rien ne disparait tout se transforme'; il réceptionne et me renvoie un 'si tu veux'. La conversation avait cela d'agréable qu'elle faisait badminton et rebondissait allègrement.

Dans la rue Hàng Bạc une caravane de cyclos ballade une vingtaine de touristes chinois.

Il reparle de la mondialisation, ça lui fait peur. Du coup, pour le détendre, je lui dit que le cycle de croissance économique en Chine est calculé sur cent-huit ans en lui montrant la procession de cyclos qui passe!. Il sourit.

L'après-midi s'est déroulé en se promenant dans Hà Nội. On est allé sur le pont de Long Biên et puis dans le quartier idoine de l'autre cȏté du fleuve. Dans une rue, il y avait des graphs Hip Hop qui jouxtaient des thông báo, ces tableaux extérieurs ou un préposé écrit les avis du coin, à la craie.

On a regardé une procession de personnes agées se diriger vers une zone concentrique cimetière-rizière-maisons en ciment, sans savoir la raison d'une telle 'délégation'...

Au retour, on s'est promené sur la large bande limoneuse du Fleuve Rouge où les gens cultivent des tomates, profitant ainsi de la richesse sédimentaire.

De la terre arable, le géologue regardait le pont qu'il appelait de Doumer, un homme marchait à cȏté de son vélo chargé de vanneries. J'avais l'impression qu'il participait au concours 'de la bicyclette la mieux garnie'...
Le souvenir que je garderai du géologue et son port altier et sa droiture d'esprit comme un officier...Bruno Niven sur le pont du Fleuve Rouge!.

C'était de la bonne terre cette discussion.

Le dommage car il en est un, est que, lorsque nous sommes arrivés au musée de la géologie celui-ci était fermé depuis midi.
On s'est retrouvé dans la cour, au milieu du tournage d'un film sur la réunification du Vietnam. J'avais demandé:

-" sự kiện của phim khi nào? ". On m'avait répondu en 1975.

Des soldats étaient de faction à l'entrée du musée et quelques badauds observaient la scène.
Comme on s'ennuyait aux travellings de la fille en train d'embrasser le bảo vệ ( gardien de moto ), j'ai voulu savoir ce qu'il souhaitait voir dans ce musée. Un archéologue de l'EFEO ( école française d'extrême-orient ) l'avait gentiment mandaté afin de connaȋtre l'origine d'une pièce d'Histoire de l'Art... j'aurai pu en savoir plus en géologie.

Il m'avait parlé aussi de la mine célèbre aux rubis sang-de-pigeon du Myanmar... un rai de lumière concentrait mon attention sur la couleur jaune du mur tandis qu'il m'expliquait la différence entre pierres précieuses ( au nombre de quatre ) et pierres dures. Il me cita ces préférées.
Rubis. Emeraude. Saphir. Diamant...conjuguaux à Hà Nội.
  

Arno Baude


Publicité

Publié dans Apprenti sage

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Les "miens", ça m'a l'air bien chinois, pour une spécialité vietnamienne...<br /> Copieurs!
Répondre