exemple de postmodernisme sur terrain communiste

J'habite Ha noi, carte consulaire de resident et tout. Pour la fete de la mi-automne, j'ai achete une tete de lion pour terroriser les enfants.
Outre l'echec de la tentative, il faut bien avouer que pour moi cette tete n'a rien de celle d'un lion. Elle correspond plutot au stereotype du dragon asiatique a grosses narines...( d'ailleurs un australien y voit aussi les traits du felin et lui, il s'y connait! pas de doute! ). Enfin, a l'ecole franco-vietnamienne ou j' exerce, ce lion...est une licorne...
Donc, coiffe de ma tete de lion improbable, j'essayais de foutre la frousse aux enfants alentour. Je suais et m'evertuais a les faire trembler de peur. Soudain, je vis sur la langue pendante de papier un article sur Halloween. Du style comment evider le cucurbitace pour reussir la fete. C'est comme si le lion avait une pastille-citrouille sur le bout de la langue...de ces pastilles-six-trouilles qui vous la foutent sixtuple. L'heavy trip quoi!, avec la bouche edentee et les yeux bien Halloween! Edgar Allan Poe qui liquefie Kafka.
- "Qu'est-ce-que c'est que ce folklore?" m'exprimais-je en mon chateau-fort interieur de certitudes. Comme Tintin sous acid perche sur le carrosse de Cendrillon j'avais la berlue. Je rentrais chez moi la tete sous le bras, les enfants d'alentour pas verts du tout...je deposais la tete de lion a la langue sauce americaine sur le frigidaire...decu de l'indigeste. Puis, tels des sucs gastriques, ma culture francaise remonta puissante a la surface pour me laisser voir Gargantua la bouche grande ouverte:
-"J'ai faim!" dit-il.
Arno Baude