Ha noi

J'ai visite une expo de photos des annees 50. A cette epoque, Ha noi est libere du pouvoir francais et le Vietnam gagne son independance ( 1954 ). Ceux sont quelques photos de la capitale a la liberation: foule en masse et ruines inevitables lors d'un conflit. Pas de morts, quelques vestiges. En fait, c'est surtout les annees 40-50 du photographe Nguyen Duy Kien. Des photos jaunies a la chimie probablement oubliee tant les images vous transportent loin du numerique.
Photos d'une campagne d'un nord Vietnam paisible, avec une barque sur fond de paysage karstique ( les americains vont arrives au Vietnam pensais-je...). Photos de femmes en ao dai; l'epouse du photographe a la coupe toute mise-en-pli; une famille; un fier groupe d'amis en costume; des poses comme pour vanter un savon au jasmin; une jeune vierge eternisee. Les enfants en vetements ' vichy ' et le beret sur la tete; une carpe en carton pour la fete de la mi-automne. Un vieux sage habille tradi devine l'avenir pour une jeune fille inquiete. Ils sont accroupis. Des impressions se bousculent: ces images je les connais, les comportements, les habitudes. La culture vietnamienne demeure quand bien meme les influences francaises. Quand bien meme les tramways tres annees 50 au croisement Tran Tien-Dinh Tien Hoang, je connais. Un sentiment se degage de tout cela, il prevaut: j'y suis. Je suis au Vietnam, je suis un peu de peinture jaune aux murs des maisons de Ha noi.
Entre expatries, nous avons parfois parle de cette ville. Le basque, peremptoire comme a son habitude avait trouve le bon ton:
-" Ha noi, ca pese! ".
-" Combien? ".
Des photographies, l'experience de cette exposition me dit qu'Elle pese 50 ans. Bien sur, Ha noi a evolue et ces dix dernieres annees la ville s'est tres developpee. Des plans d'urbanisme sont prevus de longue date pour juguler une densite croissante, la circulation. Preserver la nature de la ville-capitale.
Ha noi a 1000 ans d'histoire mais les temoignages patrimoniaux chinois, vietnamiens et francais sont moins flagrants que les lacs en alveoles pulmonaires, que les odeurs de nourriture, que toute la vie socio-economique qui grouille au marche de nuit de Long Bien, les cafes giai khat ombrages, les cantines exterieures pres des inscriptions chinoises d'un temple,les ambulants partout en palanque ou en velo avec le slogan obsolete:
-" bahn my ngon " ( ils sont bons mes petits pains ).
Ces anonymes vendent leurs produits qu'on se le disent ( tao pho, bahn khuc...), ils activent la ville entiere et representent une culture bien plus que culinaire. Se nourrir aupres d'eux revele la ville comme une fourmiliere, un art de vivre, un reseau de libre-echange non capitaliste!.
Je suis loin de l'Opera style Napo. III, je ne suis pas un touriste.
Je me souviens des voix de marchands qui s'egrennent dans le dedale des ruelles du quartier Ngoc Ha. Parce que vecues, elles restent plus touchantes que les images. J'y suis.
Arno Baude