Québec BBQ

-" Il fait frais de tabernac'! ".
J'aborderai aujourd'hui un sujet qui ne fache pas: le québecois. Pour respecter l'anonymat du protagoniste, j'emploierai le pseudonyme du ' taiwainais '.
Le québecois dit ' de Taiwan ' n'a pas peur de préparer un barbecue à 21h30, sous prétexte d'en avoir acheté un à 3 dollars, l'après-midi. Pour lui c'est l'fun.
Il est, en général, très désireux de ne pas attendre la St Laurent avant de s'activer et dans ce cas précis, souhaitait vivement tester l'ergonomie du barbecue au caisson minable et au grill fragile; enfin je suppose, eu égard à la simplicité déconcertante du matériel; il faut etre motivé pour investir dans une confection pareille; une facture loin de celle américaine des BBQ qui font rever plus d'une famille française en Aout: du matos coréen ultra-basique sans pied, sans attaches pour ustensiles, sans reposoir pour les ingrédients...
Pourtant il l'a acheté.
Un québécois n'est pas français et ne s'assoupit guère dans le songe américain d'un idéal BBQ possible mais inaccessible ou vice versa.
' Le taiwanais ' est allé au bout de l'idée cash! parce que c'est l'fun!
Là au supermarché, il y avait un barbecue à peine usiné, il l'a pris en disant à bobonne:
-" Ce soir, barbecue! ".
Donc muni de sa femme et du matos de fer blanc, il s'est lancé à corps perdu dans les brochettes de boeuf et de poulet tandis que Bébel Bruce confectionnait un bouquet de roses, achetées la veille au marché de nuit, sieu thi hoa. Mi-martial, mi-burlesque, il coupait les tiges en biais avec le tranchant de sa main-Bruce.
Les "watawatawata" qu'il distribuait aux fleurs interpellèrent l'assistance mais celle-ci témoin du geste dextre retourna s'affairer aux bières.
' Le taiwanais ' était super joasse et en décapsulait toutes marques confondues.
-" Merde, je vais manquer de vases " dit soudain Bébel Bruce après avoir couper une trentaine de fleurs...
-" Qu'importe! prends celui-ci " répondit le gars dit 'de Taiwan ' en lui en tendant un, ultra-kitsch, aux reflets roses d'une romance d'automne.
-" Je l'ai acheté près des glissades ".
Les glissades sont le water-park d'Hanoi, le cong vien nuoc que je vois de chez moi... et il m'a fallu un éclaircissement pour comprendre de où il voulait parler.
-" C'est quétaine mais ma femme adore! " ajouta-t-il en causant du vase.
Les québecois sont comme ça. Directs, ils donnent un vase, il passe l'info. Ils ne disent pas:
-" c'est moche! c'est laid! c'est kitsch! ", simplement: " c'est quétaine! ". Il y a un mot, c'est celui-là.
Malgré leurs expressions vernaculaires, ces francophones défendent le parler français comme de beaux diables. Pas à mieux-dire mais avec un anti-anglicisme de viet-cong.
Je suis toujours épaté de cette faction vengeresse en terre américaine. Là-bas on n'attaque pas la langue d'élection. A Montréal, il y a un ostracisme sur qui ne parle pas français.
En sol américanophone, je trouve ça déracinant. Au pays du hamburger, il y a la poutine Vladimir!.
Si le québecois n'est pas l'alter français, ce dernier n'a pas d'ego!
Cependant, mettons un bémol au panégyrique en se gardant bien de faire une généralité. A la table du barbecue, il y avait la présence éhontée de deux giant pot de sauce: l'une américaine, et l'autre symbole du repas réussi: la fameuse sauce Kraft barbecue. ' Le taiwanais ' m'avait affirmé l'index au ciel que sans cette fameuse sauce c'était pas l'fun du BBQ. En mon ame le Québec n'avait plus rien de libre...
J'ai eu beau lui expliquer qu'en mélangeant de la sauce soja vietnamienne au wasabi japonais tu arrives à un résultat similaire si ce n 'est supérieure à cette 'Kraft': pour lui rien n'inférait... question de fun, quoi!
Arno Baude