Eclectisme à BKK

Lisons un peu d'architecture pendant qu'il en est encore temps, avant que l'oubli des formes ne gagne... l'éclectisme en architecture a-t-il un devoir de mémoire?.
L'éclectisme en archi existe depuis le XIXème siècle. Au siècle où des techniciens s'interessèrent rudement à l'acier, au béton, faisant abstraction des typologies sacro-saintes de l'Antiquité, d'autres ont voulu faire un syncrétisme de tous les acquis architecturaux pour faire du néo. Néo-classique, néo-égyptien, néo-étrusque ta marone et montes à baudet!.
Gustave de la Tour par exemple: il s'en carrait des baies thermales, des arcs formerets... et la corniche et l'attique alors!. C T Monsieur Treillis d'Acier. Il suffit d'aller à Hanoi sur le pont de Long Bien ou à Lisbonne dans l'ascenceur, pour se rendre compte de la technique obsessionnellle compulsive du bonhomme. Je n'en parlerai pas davantage, la tour Eiffel elle, fait parti des finalistes aux sept nouvelles merveilles de notre monde perdu.
Car il est perdu ce monde dont on parle tant dans les journaux! On réutilise tout sans se souvenir de rien. On chope tout ce qui stimule le remplissage de vide. Alors que reste-t-il du moderne. Les villas palladiennes, la forme? les palais florentins, bien? Les frontons et l'art monumental co khoe Khong?.
Qui dit postmoderne dit post-antique; le Colisée de Rome lui, n'est pas sélectionné parmi les Merveilles...
L'éclectisme conserve de nos jours une certaine ferveur... sans saveur. C'est un tour de passe-passe architectural pour faire genre: la classe.
Pour exemple: un immeuble blanc immaculé au bord du Chao phraya, à BKK. De loin, il y a un petit effet graphique qui interroge " C quoi qui strie l'ensemble?" Tu approches et C les balustrades. Des bonnes balustres Renaissance pareilles à celles des escaliers à vis, du temps d'avant l'escalier droit... pour dire qu'il y a des lustres qu'elles existent.
De plan carré l'immeuble est mitraillé de balustres, sur chaque face, à chaque étage. Et la cerise sur l'édifice? une bonne vieille rotonde avec sa coupole... Bramante il la voit, il fait: "Yo! shake man!".
Dans le léger roulis provoqué par les incessants passages de long tails et d'express boats sur le fleuve de Bangkok, on arrive près d'un quai et je consulte le rez-de-chaussée: deux petites rotondes dont l'une d'elles avec un clocheton réplique 1/25ème de la cathédrale des Fleurs à Florence; Brunelleschi is not dead... des volutes molles s'arc-boutent improbables au clocheton telles le symbole dalinien de l'impuissance... de la pure ratatinade.
Les gens se rendent pas compte qu'ils versent dans le néo-punk!.
L'architecte persuadé de tout déchirer avec ses anti-principes ne pond rien de neuf, beaucoup d'artistes font comme lui aujourd'hui, ils régurgitent. Vive Rirkrit Tiravanija! Je ferme tout de suite la parenthèse thaïlandaise.
Bref; me voilà sur le fleuve assis chez les monks et l'hécatombe éclectique me tombe dessus, je reste émerveillé par le je-m'en-foutisme: au-dessus d'une rosace néo-gothique surfaite, encadrée de colonnes jumelées monumentales un vla le fronton néo-nazi!
Comme il restait des munitions au malheureux maître-d'oeuvre, celui-ci en a profité pour faire poser quelques chargeurs-balustrades révélateurs de l'ultra vide de sa conception architecturale, du parti pris à la va-te-coucher. Franchement... si ça tombe... la cerise-coupole sur le flan vanille-édifice n'est rien d'autre qu'un réservoir d'eau!!. Payes ton plan panoptique dans le vent!
On oubli l'Histoire, des traces qu'on laisse aujourd'hui, aucunes ne marquent, tout se fond dans un trou noir du présent riche d'énergie-laps de secondes.
Je lisais sur un tee-shirt sérigraphié, Too fast to live / Too young to die. Où va la mémoire?
Parmi les nouvelles merveilles du lost world, Angkor n'a pas été sélectionné. On a omis de considérer l'aboutissement que cet ensemble représente. Ce tout-en-un du monde avec les océans et le mont Meru, ce carré magique de la mémoire vive de la culture hindoue.
Vive le Cambodge! Vive les khmers! je suis le bleu.

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