Francais Langue Etrangere

Tout l'intéret que je porte à l'enseignement du francais , le FLE ( francais langue etrangere ) tient dans la communication.
Comment communiquer avec l'autre, celui qui ne sait pas ma langue?
En fait, comment comprendre l'autre?
Communiquer sans comprendre n'est pas communiquer.
D'abord, les phrases chiadées, on oublie. Ensuite, l'enseignement actuel du francais ne verse plus dans le super-barbant des études psychologiques de personnages, on ne vous surine plus avec Honoré de Balzac et dommage: André Breton n'a jamais été considéré que pour Nadja adieu les champs magnétiques on aurait pu rigoler sans etre soupe-au-lait.
Cet onanisme n'a plus lieu d etre sauf aux toilettes.
On communique en mettant dans le contexte...à transférer les acquis dans la réalité: comment faire pour acheter un billet de train alors que c'est la première fois qu'on voit le véhicule?
Il y a les compétences linguistiques d'abord: faut savoir causer. Ou bien s'exprimer avec les bras... le body language.
Il y a la culture aussi et une toute autre problématique, celle du savoir-vivre: comment communiquer avec un thailandais sur une plage inondée de soleil alors qu'il trouve déplacé que vous lui parliez sans tee-shirt?
Il faut savoir s'adapter. Pour s'adapter, il faut arreter d'etre soi cinq minutes et apprendre l'autre. On a une culture divergente de l'Europe à l'Asie, mais encore s'agit-il de savoir situer les différences.
Se débarrasser de ces clichés culturels d'abord et puis se dire qu'on peut comprendre malgré ces idees propres, ses principes, ses séquences comportementales...
Comprendre, c'est prendre avec. Prendre avec, c'est s'ouvrir soi à l'autre et en ajoutant le discernement, on en apprend.
C'est d'une facon bouddhique c'est-a-dire détachée, le ' ouvrez-le chien ' en francais dans les lyrics du David Bowie des 70's, enfin je me comprends...
( C'est paradoxal de parler de com. et de compréhension en étant aussi hermétique!. C'est pas très lisible tout de meme d'expliquer par le choix de paroles glam rock ambigues!. )
C'est peut-etre un paradoxe mais il est nécessaire dans un apprentissage. Pourquoi?
Lorsqu'on apprends une autre langue, loin de celle maternelle, c'est comme si on signait un contrat du style: " je suis d'accord pour ne pas tout comprendre, daté tel jour et signé ".
A ce moment, on s'ouvre au no comprendo, on se frotte les neurones et on capte une info. qu'on utilisera plus tard, lorsqu'elle sera mieux comprise.
On apprend par le détour, en FLE cela s'appelle " décloisonner les connaissances ".
Soit dit en passant, agir au moment venu, attendre l'instant opportun c'est le kairos des grecs mais ce n'est pas grave si vous n'arrivez pas à le replacer dans une discussion. La koine, c'est la langue de communication dans une aire géographique donnée, celle qui prédomine... comme le russe en Asie centrale...
Retenez pour votre gouverne qu'une idée, ca peut toujours servir pour plus tard.
Pour comprendre et meme se souvenir, le cerveau a inventé un moyen costaud pour se fixer les idées: la représentation.
Mon exemple du FLE: les fruits. Les fruits enseignés aux jeunes vietnamiens, ca donne quoi?:
La banane, ca va; le ramboutan et le mangoustan, super facile ( alors qu'en France on rame et on cherche les pires moyens mémo-techniques pour pas confondre ); mais l'abricot, c'est quoi?
Tant que l'on ne donne pas d'images aux mots on n'a pas de référents en tete, il faut exposer l'abricot: " regardez comme il est beau! ". Sans cet exemple imagé comment voulez-vous fixer une idée de ce qu'il s'agit? Toujours plus loin et jusqu'à la crétinisation du concept de représentation: comment dire qu'on aime un abricot si on a jamais gouté?...C'est tout l'apprentissage de l'abricot:
-Voici un abricot! Goutes!
-Ah oui! c'est un abricot, c'est dégueulasse. Maintenant je sais ce que c'est et en plus je suis sur que je n'aime pas.
Imaginez ce que c'est qu'un vietnamien de 8 ans qui vous regarde d'un air ' mais qu'est-ce qu'il me fatigue avec un abricot, moi j'ai le fruit du dragon '. Et j'en arrive à un paramètre important de l'apprentissage d'une langue c'est le ' si je veux bien ' du rapport affectif.
- " Le professeur ne connait meme pas le fruit du dragon, qu'est-ce-qu'ils vont dire ces ancetres? " pense un apprenant.
- " Je sais pas si je vais faire des efforts pour un béotien pareil! " se dit un autre.
Moi, perso, mon prof de maths il m'a vite casser la tete avec les chiffres, je lui ai vite dit non sans équation. Il faut bien avouer que ca calcule pas trop l'approche communicative un prof de maths.
Oui! Apprendre en pays non-conquis ne tient que si l'on veut bien s'y laisser porter. Ca te branche le francais? Fais gaffe, c'est électrique!
Il peut y avoir des a priori enormes quant à la culture de l'autre, des préjuges sur l'apprentissage de la langue francaise et toute la culture occidentale qu'elle genere...Voyagez! ce magma culturel ne tient pas un an malgré 1000 ans d'éruptions. Laves-toi! il y a d'autres horizons.
Tendre vers une culture étrangère est riche en nouvelles perspectives. Etonnamment d'ailleurs: ces dernières permettent de relativiser davantage l'autre d'abord, soi ensuite. Il y a une prise de conscience de qui on est culturellement par un effet boomerang.
On dit aussi l'apprentissage en spirale de la langue cible.
Arno Baude